Pourquoi les billets des distributeurs bancaires sont neufs ?

L’euro, monnaie d’échange sous très haute surveillance

La Banque centrale européenne (BCE) est, depuis l’entrée en vigueur de la monnaie unique, l’autorité compétente pour l’émission et la protection de l’intégrité de l’euro. Les banques centrales nationales (BCN) de la zone euro et la BCE déterminent les volumes de production annuelle de billets en euros sur la base du nombre de billets devenus impropres à la circulation devant être remplacés et de la demande d’espèces. En France l’impression des billets est réalisée pour l’essentiel à Chamalières, dans le département du Puy-de-Dôme (région Auvergne).

Concrètement comment cela ce passe-t-il ? La BCE détermine l’euro sous l’appellation « valeurs faciales » quant aux billets nous resterons avec cette appellation.

Les banques nationales ont l’obligation de vérifier l’authenticité et la qualité de l’euro en circulation. A cette fin, des appareils de contrôle très sophistiqués sont en place.

Les professionnels et notamment les banques et nos supermarchés ont vocation à vérifier la qualité des pièces et des billets qui passent dans leurs caisses. En effet, la décision BCE/2010/14 modifiée comme suit en son alinéa 2 :

«Les machines utilisées par les professionnels pour vérifier l’authenticité et la qualité des billets et les machines à l’usage du public ne peuvent être exploitées par les professionnels appelés à manipuler des espèces que si elles ont été testées positivement par une BCN et qu’elles figurent sur le site internet de la BCE, ainsi qu’il est précisé à l’article 9, paragraphe 2. Les machines sont utilisées uniquement pour les valeurs faciales et les séries de billets en euros énumérées sur le site internet de la BCE pour les machines correspondantes dans leur configuration usine standard, incluant les dernières mises à jour, testées positivement, à moins que la BCN et le professionnel appelé à manipuler des espèces ne se soient mis d’accord sur une configuration plus exigeante.»

En sommes tous les professionnels sont des suppléants de la BCE. Mais de telles machines sont très coûteuses, c’est pourquoi les professionnels délèguent la tâche à ce qu’on appel un « centre-fort ». Les banques, elles, utilisent des distributeurs à billets (DAB). Ces appareils sont également des outils de contrôle de l’authenticité des billets avant de passer dans la machine du centre-fort.

Nous voyons que l’eurosystème a mis en place une machine bien huilée. Nous comprenons mieux pourquoi nous n’avons plus de guichets en lien direct avec la clientèle. L’automatisation garantie la sécurité des banques et prémuni des faux billets. Vous avez donc intérêts à ne déposer sur vos comptes que des billets en bon état au risque de vous voir avaler votre dépôt sans restitution pour raison de faux billets.

Mais pourquoi les DAB nous distribuent que des billets neufs ?

De la bande des sept coupures, le 20 euros est la plus commune. Ils sont 2,7 milliards de la même couleur bleue à circuler en Europe. Que ce soit la grande distribution ou tout autre professionnel qui manipule des espèces le circuit est le même. Sortis des caisses c’est direction le centre-fort.

C’est un lieu banalisé, comme il en existe un peu partout en France. Rien n’indique de l’extérieur son activité. Le camion s’engage dans un parking aux allures de grand sas. Là une nouvelle série de manipulations attend le 20 euros et ses frères.

Assis en rang d’oignons dans des box, des salariés ouvrent les sacs et saisissent sur ordinateur le bordereau du client. Une fiche avec code-barres est imprimée, qui fait aussi fonction de séparateur entre les espèces prélevées chez les différents clients. Le tout sera glissé dans une boîte, genre boîte à chaussures sans couvercle, et porté dans la pièce à côté. C’est une machine de plus de 10 mètres de long qui fait le boulot.

Les machines qui comptent et trient sont de plus en plus rapides. Avec leurs multiples caméras, elles sont capables de scruter dans les moindres recoins 2.000 à 2.400 billets par minute. « Ce centre-là traite 700 000 à 800 000 billets par jour » Les billets sont de nouveau brinquebalés dans un fourgon blindé.

Direction cette fois la Banque de France. C’est le destin de la plupart des espèces en circulation de se retrouver, un jour ou l’autre, en banque centrale. Certaines plus fréquemment que d’autres. Les 20 euros y sont tous les deux mois environ. Là, ils sont à nouveau recomptés, authentifiés et triés. Ceux qui sont en bonne état repartent dans le circuit et d’autres, neufs entrent dans la danse surtout depuis la nouvelle édition du billet de 20 €.

Le volume de billets usés détruits en France atteint

entre 1,1 et 1,3 milliard de billets par an.

Le boom des paiements sans contact met en danger les espèces

De mai à juin 2015 c’est + de 19,3 % en million de paiements qui ont été effectués avec ce nouveau procédé. Avec l’utilisation au premier euro, l’augmentation des paiements par carte augmente parallèlement le risque d’un effet secondaire dévastateur sur le paiement en espèces. Selon le journal « les Échos finances » les banques auraient déjà commencé à supprimer des distributeurs.

Les étapes ont été franchis les unes après les autres à l’endormissement, mettant devant le fait accompli l’usager. Nous sommes arrivés au point où nous devons payer nos retraits dès lors qu’ils sont effectués sur un autre DAB que celui de l’enseigne bancaire chez qui nous sommes. Je parle bien évidemment pour la plupart d’entre-nous pas des cartes de crédits internationales à gros débits.

Supprimer les espèces dans la visée des banquiers

Avons-nous réellement intérêts à ne plus avoir d’espèces ? Bien évidement que non car le fait de détenir dans ses mains ces valeurs nous enracine dans la réalité de nos limites de dépenses. Faire ses courses avec de l’espèce n’a rien à voir avec l’usage d’une carte bancaire. Nos limites sont claires, nos valeurs deviennent différentes car on va à l’essentiel.

Ne plus avoir du tout de monnaie nous engage dans une voie virtuelle, irréelle difficile à rendre présente dans notre quotidien et donc à contrôler. Nous nous appuyons inconsciemment sur la paie suivante ou sur l’autorisation de découvert, ce qui en soit est très destructeur de son capital ressources. Une génération qui perdrait pieds dans cette réalité sonnante et même trébuchante, serait soumise à la dictature du service bancaire sans possibilité d’en sortir. Une sorte de mise sous tutelle…du crédit de consommation, une hypothèque sans retour…

Nos espèces sont donc nos derniers bastions économiques de liberté que nous devons protéger et veiller à utiliser pour ne pas donner la main à ceux qui guettent, tel un prédateur, le moment où par faiblesse ou encore ignorance nous céderions à leur appel.

En attendant vous pouvez vous amuser à traquer vos billets. Le site http://fr.eurobilltracker.com/ vous propose de suivre la grande aventure de vos billets et aussi dingue que cela puisse vous paraître, au moment où j’écris ces lignes, ce sont 197 471 inscrits pour un montant global de 2 887 331 315 € qui sont actifs.

Sources : banque de France, les Échos finances.